FISU 2000

Dernier volet nostalgique, après l'interview de Michel Devrieux, puis celui de Damien Renard, François Gonon, Rémi et Thierry Gueorgiou, voici celui de Michel Gueorgiou, ancien entraineur de l'équipe de France.

Merci à eux 6 pour leur disponibilité.


Michel, il y a 20 ans tu accompagnais l'équipe de France de CO universitaire en tant qu'entraîneur. Peux-tu nous dire quel parcours t'avait amené à occuper ce poste ?

Entraîneur au NOSE, c'est en 1987 que j'ai commencé à encadrer les stages FFCO. En 1989, pour les Championnats du Monde en Suède, j'étais adjoint de Didier Haberkorn. A cette époque, les entraîneurs, cadres techniques ou bénévoles, étaient d'abord chauffeurs de minibus au long cours et pouvaient même avoir à avancer les frais de déplacement et d'hébergement. Mais avec l'arrivée de Jean-Luc TOUSSAINT à la DTN, un véritable haut-niveau est devenu possible avec déplacements en avion, stages en série, et nomination d'un entraîneur national (1994) chargé de la création du Pôle France (1995).


2. Quels sports as-tu pratiqués avant la CO et surtout que t'ont-ils apporté ensuite comme entraîneur de CO ?

De 12 à 25 ans, j'ai surtout fait de l'athlétisme (lancer du javelot et courses) et plus tard, ski de fond, course sur route, vélo et triathlon. Pour chacun de ces sports, j'ai suivi les formations d'entraîneur, mais c'est l'athlétismequi m'a le plus apporté, avec les stages à l'INSEP encadrés par Claude Dessons l'entraîneur du demi-fond. Venant comme moi, de l'A.S. Aix les Bains, il avait fait du Coquelicot de Saint-Étienne l'un des meilleurs clubs de cross-country de France.

Mon service militaire a aussi joué un rôle important. Sous-lieutenant marsouin (infanterie de marine), j'étais particulièrement motivé par les longues manœuvres de nuit car esprit d'équipe, lecture de carte et surtout endurance étaient sollicités au maximum. Dommage, que l'ultra-trail n'existait pas encore !


3. Quel a été l'apport de ton cursus de prof d'EPS (collège, lycée, IUFM) dans ton métier d'entraîneur ?

En même temps que j'utilisai une activité sportive dans mon enseignement, j'avais toujours besoin de tester jusqu'où je pouvais aller en compétition, tout en recrutant mes élèves les plus motivés pour le club local. L'UNSS du mercredi était la passerelle idéale. L'IUFM (qui avait remplacé l'École Normale) m'a beaucoup apporté car j'ai pu y mettre au point pour les enfants de maternelle : jeux, simulation, carte du pirate et carte ronde. François, Thierry et Benoît Peyvel ont été des « cobayes » enthousiastes.


4. Te rappelles-tu de la préparation spécifique de l'équipe de France pour ces FISU 2000 ?

Le canevas de la méthode stéphanoise était déjà bien en place: 5 entraînements avec carte par semaine, carnets d'entraînement, courses de nuit, week-ends hivernaux, stage de février en Espagne ou en Slovénie et pour les meilleurs, cette année-là : coupes du monde au Japon, Australie, Ukraine et Finlande avec stage final à Vittel quelques jours avant le FISU.

Filles et garçons sélectionnés étaient vraiment en pleines formes physique et technique. Le Pôle France venait d'acquérir ses premiers contrôles électroniques et nous nous en servions presque quotidiennement.


5. Est-ce que tu t'attendais à de tels résultats de l'équipe de France ?

Olivier Coupat avec ses 2 titres aux FISU 1994 et 1996 avaient déjà montré qu'on savait préparer et réussir une compétition de niveau championnat du Monde Universitaire. De plus, le stage de préparation à Vittel s'était passé dans des conditions idéales et donc tous les clignotants étaient au vert.


6. Pour toi, ces FISU sont-ils un tournant dans ton travail d'entraîneur ?

Non, car le niveau d'un FISU est assez loin de celui d'un WOC. Ce qui peut-être considéré comme un tournant avait eu lieu trois mois plus tôt en Coupe du Monde au Japon, où Thierry avait fait 6ème sur la longue distance avec tous les cadors de la CO internationale. J'avais eu, pour la première fois l'honneur d'avoir été félicité par les coachs nordiques et suisses. En France, peu d'orienteurs avaient pris conscience de l'exploit réalisé par Thierry ce jour-là.


7. N'était-ce pas difficile d'avoir tes deux fils Rémi et Thierry dans l'équipe ?

Non, car pendant leur adolescence, nous avons eu beaucoup d'activités ensemble, bien sûr au NOSE, mais aussi hors CO (GR en montagne). Le principal avantage était que je connaissais parfaitement ce dont ils étaient capables au point de vue quantité d'entraînement. Le côté négatif, c'était que lorsqu'ils étaient dans la difficulté, je ne pouvais, pas montrer mes émotions de père autant que je l'aurais souhaité.


8. Y avait-il une pression particulière du fait d'être à domicile ?

Non, car l'équipe d'encadrement était très heureuse de jouer, pour une fois, à domicile. Il y avait Gilles Coupat le chef de délégation, mon ancien élève de Terminale, l'enthousiaste docteur Joël Poulain, et François Pinon, l'infatigable kiné aux doigts d'or. Franck Dechavanne, l'entraîneur adjoint du Pôle France, avait beaucoup contribué à la réussite du stage préparatoire à Vittel.


9. As-tu une anecdote à nous raconter sur l'équipe de France lors de cette épreuve ?

Au milieu du championnat, un organisateur était venu se plaindre que les jeunes de l'équipe de France ne passaient pas assez de temps avec les étudiants qui participaient à l'organisation. Il a fallu lui expliquer qu'en sport de haut-niveau, un des objectifs est de favoriser au maximum la récupération et qu'il faudrait attendre la soirée de clôture pour que les compétiteurs soient disponibles.


10. Te rappelles-tu le moment où tu as eu la certitude que d'autres victoires arriveront en senior pour les Français ?

Cette certitude, je l'ai eu bien avant le FISU. A partir du moment où le DTN m'avait donné les moyens d'appliquer la méthode stéphanoise basée sur la lecture de carte en courant, il suffisait d'augmenter petit à petit le kilométrage de chacun, passé carte en main. Avec la maturation des jeunes orienteurs formés selon cette méthode, la progression dans la hiérarchie internationale s'est faite au fur et à mesure des compétitions. Les résultats du FISU 2000 n'ont été qu'une étape dans cette montée en puissance.


11. Finalement, aujourd'hui, quelle est ta plus grande fierté : les titres obtenus ou le fait que Thierry et François entraînent les deux plus grandes équipes de CO au monde ?

Les deux copains de la rue Chantegrillet ont vécu une belle aventure. Ils la continuent d'une autre façon, l'un en Suisse, l'autre en Suède. Mais ce qui me rend plutôt heureux que fier, c'est de savoir que tous les deux vont tôt ou tard connaître le jour où, suivant leur petit(e) dans la forêt, ils vont pouvoir se dire : « ok, à partir de maintenant il (elle) sait s'orienter tout(e) seul(e) ! »...


12. Dans ton livre, tu parles d'erreur volontaire, Jean Garnier parle, lui, de déviation volontaire... Du coup, il a une question pour toi : "Une erreur volontaire peut être juste ou fausse selon que celui qui la commet se trompe ou non ?"

Jean Garnier a raison : cette expression n'est pas très logique, mais c'est celle qui est habituellement employée dans le milieu de la CO.


13. Nouvelle question de Jean : "quelles sont les choses que Thierry t'a apprises au cours de ses nombreux retours d'expérience en course, qui ont pu influencer ou modifier tes points de vue ou certitudes."

En CO, les certitudes d'un entraîneur ne pèsent pas bien lourd par rapport aux facultés d'adaptation et à l'expérience personnelle du compétiteur (« le calepin des prototypes »). C'est à Kalevan Rasti que Thierry a mis au point son concept : « Full speed, no mistake ». La méthode stéphanoise basée sur la lecture de carte favorisait le « no mistake », mais c'est le Finlandais Börje Vaartainen qui a permis à Thierry d'y associer le « full speed » à l'origine de ses victoires impressionnantes en moyenne distance.


14. Dans ton livre « L'œil qui gagne », tu détailles la « méthode stéphanoise » comment se fait-il qu'Olivier Tardy, président du CDCO 42, n'ait pas autant bénéficié de ses bienfaits que d'autres coureurs ?

Nous nous sommes à peine croisés au NOSE avec Olivier Tardy. Lorsqu'il débutait à l'école d'orientation je prenais en main le pôle France.


15. Aurais-tu un conseil à donner aux quinquagénaires dont la vue commence à baisser (je pense à deux frères -Gilles et Eric- que tu connais bien !).

- à court terme : manger des myrtilles,

- à moyen terme : faire en sorte que l'échelle des cartes de CO soient au 10 000e, 7 500e ou 5000e quitte à n'agrandir dans des cartouches, que les parties de carte les plus difficiles à lire (les Suisses l'ont fait depuis longtemps),

- à plus long terme remplacer la carte en papier par un écran dont on pourra faire varier l'échelle à volonté.


16. J'ai souvenir d'un stage du groupe ligue, dans les Landes, où tu étais entré dans le dortoir en vélo avec un parapluie ouvert... As-tu renouvelé l'opération plus tard avec l'équipe de France?

Ce sont des souvenirs des années 80/90 ! Lorsqu'une séance à l'hypoglycémie était programmée, il m'est arrivé de motiver les troupes par une incursion vélocipédique dans le dortoir en criant « Géronimo ! ». Mais c'est surtout lors de ce stage, que pour la première fois, un jeune du NOSE : Gilles Perrin, réussissait ce que j'ai appelé par la suite, la lecture-zoom dynamique. Une pierre blanche dans mon passé d'entraîneur...


Interview des mousquetaires :

Damien, François, Rémi et Thierry ont gentiment accepté de répondre à 3 questions (partie 1)... et de réaliser une co interview de leurs anciens partenaires (partie 2)



Partie 2

Questions pour Damien

de Rémi : C'est ta première participation en tant que membre titulaire dans une équipe de relais avec François et Thierry. Est-ce le déclic qui t'a permis d'obtenir, deux ans plus tard, dans le magazine international le surnom de "new french star" ?

Réponse de Damien : Effectivement, avec du recul, je pense que cela a pu être un déclencheur car cela m'a fait prendre conscience que je pouvais aussi comme François et Thierry être stable sur les relais. Mes performances individuelles à la JEC 99 en Autriche sont aussi un autre déclic.


De Thierry : L'an dernier, tu fais un come-back en équipe de France 10 ans après ton dernier WOC. Qu'est ce que tu as ressenti ? Tu as pris du plaisir ?

Réponse de Damien : Ce fut une expérience très intéressante. Le fait de me replonger dans une démarche de haut-niveau en participant à la préparation du WOC avec l'équipe de France m'a permis de vivre des moments intenses avec cette nouvelle génération ainsi que certains anciens que j'ai côtoyé il y a 10 ans. J'ai pris du plaisir à participer à cette démarche afin de créer les meilleures conditions pour les coureurs français aux WOC. Je suis particulièrement impressionné par le développement humain de l'équipe de France depuis 2010. J'ai eu l'impression qu'une multitude d'individus différents peut atteindre son potentiel personnel au sein de cette équipe. Personnellement, j'ai aussi ressenti un peu de frustration par rapport au niveau de performance que j'ai pu délivrer en compétition. Au final, je suis heureux de l'avoir fait.



De François : « Damien Renard - grand cru 2000 » (la fougue et l'enthousiasme sur les FISU aux Monts de la Madeleine) VS « Damien Renard - grand cru 2019 » (l'expérience et la maturité pour une sélection aux WOC en Norvège) : lequel des deux est le meilleur millésime ?!

Réponse de Damien : Difficile à dire, les deux sont aussi intéressants. En 2000, je ne savais pas grand chose mais j'étais enthousiaste de découvrir plein de nouveautés sans me soucier des conséquences. J'essaie de garder cette fougue aujourd'hui. Pour moi, c'est la source de ma motivation dans plein de domaines. Ne pas avoir peur d'échouer, ça me permet d'essayer des choses un peu folles. En 2019, j'ai beaucoup plus d'expérience et de connaissances ce qui me permet d'optimiser mes choix et mes actions. J'aurais aimé savoir en 2000 ce que je sais aujourd'hui. C'est pour cela que je m'efforce de l'enseigner à mes élèves, tout en essayant de préserver leur fougue.


Questions pour Rémi :

de Thierry : Si on te donnait la possibilité de recourir une seule compétition ? Laquelle choisirais-tu et pourquoi ?

Réponse de Rémi : C'est une question à laquelle j'ai mis du temps à répondre. Je n'ai souvent pas eu le "bon état d'esprit" en compétition : le résultat et le sentiment après course étaient frustrants et décevants. Je pense souvent au relais de la coupe du monde au japon en 2000. Je prenais le premier relais, avant François et Thierry, j'ai fait une erreur de parallèle "incompréhensible" au milieu de la course... Je me souviens de la motivation que l'on avait pour ce relais, du plaisir que l'on avait eu à passer cette période de coupe du monde au Japon et en Australie. La concurrence était "allégée" sur ce long déplacement que certaines équipes n'avaient pas fait. Vraiment j'en suis encore déçu... et une frustration terrible d'être vraiment passé à côté. Inversement, j'aimerais recourir certaines épreuves qui m'ont apporté énormément de sensations pendant la course et de plaisir et de souvenir après. Si il y avait une course à recourir, ce relais des championnats FISU 2000, avec cette équipe, serait celle ci.


De Damien : Comment as tu vécu le fait que ton petit frère te dépasse aussi rapidement ?

Réponse de Rémi : Avant tout, je relativiserai le terme "aussi rapidement". J'ai passé les 20 premières années de ma vie, à être un meilleur orienteur que lui. Sur les 25 ans qui ont suivi, effectivement il a pris un peu d'avance, mais qui sait ce que les prochaines années nous réservent... Plus sérieusement, Thierry a eu et a encore une carrière en tant qu'orienteur de haut niveau exceptionnelle, qui s'est construite progressivement et "intelligemment" sans s'appuyer sur des qualités "physiques" hors du commun... Par contre, en adoptant une détermination, une volonté et une intelligence d'orientation qui n'ont pas eu d'équivalent. Quoi qu'il soit arrivé dans la carrière de Thierry, j'aurai toujours été très heureux et fier de sa réussite sportive ou autre. Finalement comme dans toutes les familles. Nous avons eu la chance, par notre contexte familial, de faire du sport de haut niveau et de le faire ensemble. En tant que frère, je fais partie de l'un des morceaux du puzzle de sa réussite, en tant que coéquipier et adversaire, je fais partie d'un deuxième morceau du puzzle... C'est déjà pas mal... Le sport de haut niveau est une partie de la vie qui est, certes passionnante et structurante pour la suite, mais qui est juste un passage... J'ai largement dépassé mon frère sur d'autres sujets... ;-)


De François : Le plus grand challenge pour ce FISU 2000, est-ce que c'était de passer la qualif. de middle dans la forêt de Lespinasse ou de se remettre du décalage horaire de la WCup au Japon-Australie ?!

Réponse de Rémi : Je suis passé juste sur la Qualif de la medium du FISU 2000, sur la carte de LESPINASSE que je connaissais parfaitement... J'avais l'impression de faire le nécessaire pour passer "tranquillement". Mais visiblement j'étais trop tranquille durant la course. J'ai échappé au plus "gros Bide" de ma carrière d'orienteur... Je n'étais vraiment pas "fier" en attentant les résultats des derniers concurrents des qualifs... J'ai des souvenirs mémorables de la préparation au décalage horaire pour la coupe du monde au Japon, un mois avant le FISU, avec des entraînements de nuit en forêt du Pilat à 3h du matin et des couchers à 17h00 la veille. Pour -au final- être dans le même état que ceux qui n'avaient rien préparé et avaient simplement bien dormi dans l'avion... Finalement, que serais-je devenu si je n'avais pas passé la qualif à LESPINASSE ? Je pense que je serais au moins rentré à Saint-Étienne en courant.....


Questions pour Thierry :

de Rémi : Le matin de la course du relais, dans le bus sur le parking de l'hébergement, nous avons pris "une belle engueulade" par Monique PAULOUX parce que nous n'avions pas prévu de rester à la soirée de clôture. Penses-tu que cet événement a été le déclic pour que tu réussisses enfin une course correcte de ta semaine ?

Réponse de Tero : Haha, zéro souvenir de ce moment là ! Le déclic, ça aurait plutôt été de me dire que j´allais être plus serein à la rentrée pour négocier avec l´université mes nombreuses absences si je ramenais 3 titres...


De Damien : Après ce premier titre universitaire en relais pensais-tu que nous aurions à l'avenir la possibilité être champion du monde de relais ?

Réponse de Tero : C'était dur à dire, le chemin semblait tellement long. Je crois qu'on a seulement commencé à y croire en 2002, quand on a tous fait un podium en Coupe du Monde, individuellement et collectivement. Là, c´était parti pour de bon.


De François : Franchement, un bon orienteur, c'est d'abord un bon joueur de UNO, non ?! Comment ils se débrouillent tes Suédois ?

Réponse de Tero : Je dirais même que c'est la base ! Si t'es pas capable de tenir la pression d'un Uno, ça va être très compliqué. Mes Suédois, c'est des chamallows... T'as le temps de poser une carte, aller chercher un café, checker le tracking GPS de l´entraînement du matin, répondre à 3 emails, qu'ils ont pas encore posé une carte. Non, franchement, beaucoup, beaucoup de boulot pour les amener au niveau de l´équipe de France saison 2001.


Questions pour François :

de Damien : Quand as tu pris conscience que tu avais la capacité d'être champion du monde individuel ?

Réponse de François : « j'ai battu Tero sur la LD des championnats de France 1993 à Fontainebleau en H14 J. Malheureusement, il était tellement « vert » après ça, qu'il ne m'a jamais laissé le rebattre pendant les 20 années suivantes... donc, il y a toujours eu un petit « gap » entre capacité et exécution. »


De Rémi : A cette époque, tu portais le maillot de Laurent BLANC, pour dormir. Si tu avais porté son maillot aux échauffements plutôt que pour dormir, aurait-il eu plus de facilités pour retrouver un club aujourd'hui ?

Réponse de François : « Les rumeurs l'annoncent proche de l'US Lamoura très prochainement, donc finalement ça valait le coup de patienter... en plus y a deux supers parcours de golf aux Rousses (il va apprécier). Franchement, le « Président », c'était la ref., Champion du Monde, Champion d'Europe : en défense centrale, y a toujours pas mieux sur le marché ! »


De Thierry : Est ce que tu regardes un peu dans les rétros de temps en temps, et tu nous revois aller à l´école maternelle ensemble, et maintenant entraîner les deux plus grandes équipes de CO du Monde. La probabilité, c'était quoi quand on part de France ?

Réponse de François : « C'est vrai qu'à l'époque on passait quand même la majeure partie de notre temps libre sur le playground de basketball, au terrain de tennis, sur nos skateboards ou devant les vidéos BMX de Matt Hoffmann... donc, rétrospectivement, c'était plutôt mal embarqué. Mais avec Michel, on a été à bonne école, si tu finis un weekend Elite du NOSE à 14-15 ans dans les Monts du Forez avec la dream team de l'époque (Perrin, Coupat, Linossier, Bornard, Mougin, Couliard...), en principe rien n'est impossible par la suite... Mais c'est vrai qu'à 9-10 ans on était plutôt branché André Agassi, Mickael Jordan ou Tony Hawk ! »



Partie 1

Que deviens-tu actuellement ?

Damien : J'habite à Kongsberg en Norvège depuis 2008. Je suis devenu enseignant en eps/sport étude en 2014. J'ai deux enfants : Élise 12 ans et Mathis 10 ans et suis en couple avec Linnea (suédoise). Je continue à faire pas mal de CO. J'ai même fait un retour en équipe de France en 2019 avec une participation à une manche de coupe du monde en Finlande ainsi qu'à la préparation des WOC. Je fais aussi beaucoup de ski en tout genre et d'escalade. Je suis assez actif au sein du Club de Kongsberg où je suis entraîneur du Groupe de jeune 13-16 ans. J'aide aussi souvent à l'organisation de compétitions nationales. Nous organisons tous les ans une course sur 3 jours au week-end de Pentecôte. Je suis régulièrement traceur. En 2020, nous organisons le O-festival (26-28 juin) qui est la plus grosse course de CO en Norvège. A cette occasion, je trace le sprint du vendredi. Je recommande vivement d'y prendre part. https://2020.o-festivalen.no . Je suis aussi devenu formateur d'entraîneurs pour la fédération Norvégienne de CO où je vais passer l'équivalent du Brevet d'état 1er et 2e degré.

Rémi : Après une première carrière d'enseignant, je suis actuellement Directeur du centre de formation professionnelle de l'enseignement Agricole de Lyon Dardilly. Pour l'anecdote, l'hébergement du FISU était sur le lycée Agricole de Roanne Chervé, nous avions inauguré le nouvel internat de ce lycée. Et 20 ans après, je reviens régulièrement sur le lycée Agricole de Roanne Chervé pour mon activité professionnelle et dans les locaux que nous utilisions pour le FISU.



Thierry : Je vis de façon permanente en Suède depuis 2013. Et depuis l´arrêt de ma carrière sportive, en Juillet 2017, j'occupe la fonction d´entraîneur de l´équipe de Suède. Deux enfants sont venus égayer le quotidien dans cette période - Léon (2,5 ans) et Ines (8 mois). Bref, pas de quoi s´ennuyer et me laisser le temps de trop penser au passé !


François : Je suis installé à Lamoura dans le Jura depuis une dizaine d'années.
En 1994, j'ai fait mes premiers 5 jours de France aux Rousses avec le groupe Ligue Rhône-Alpes et je suis, aujourd'hui, toujours attiré et fasciné par l'ambiance « Nordique » et Scandinave qui règne ici.
Depuis 2014, je travaille avec la fédération Suisse de course d'orientation comme entraîneur de l'équipe Élite masculine. Je partage donc mon temps entre ma vie de famille au milieu des combes Jurassiennes et les déplacements et entraînements sur les stages et compétitions avec l'équipe Suisse. Donc pour répondre à ta question, actuellement, je fais de mon mieux pour que les orienteurs Suisses puissent battre, de temps en temps, les Français et les Suédois...


Quel était ton passé d'orienteur en 2000 ?

Damien : j'avais 20 ans, dernière année junior. Je venais de commencer à faire quelques bonnes courses au niveau international avec 2 deuxièmes places à la JEC en Autriche . Je commençais à courir en Suède avec le club de OK Denseln.

Rémi : J'avais 25 ans, j'étais régulièrement en équipe de France. Je m'entraînais avec le Pôle France de Saint Étienne. Au niveau universitaire, c'était mes 4èmes championnats du monde universitaires. J'en ferai un dernier 2 ans après.



Thierry : Je dirais que j´étais dans une période de transition. Première année senior, avec tout ce que ça comporte. De bons résultats en juniors avec 2 médailles d´argent et 2 de bronze au JWOC, mais personne ne pouvait vraiment prévoir la suite de l'aventure !




François : J'ai pris ma première licence au NOSE en 1992, avec Michel Gueorgiou aux commandes : ce qui m'a permis de bénéficier d'une formation accélérée et d'un apprentissage d'une qualité fantastique. Ensuite j'ai suivi la filière « classique » fédérale avec les groupes Cadets (93), Juniors (96) puis Seniors (99). Avec Rémi et Thierry, nous avons vécu « l'épopée fantastique » du Pôle France depuis sa création en 1995, une aventure mémorable pour le côté sportif mais aussi personnel.
Après quelques premières joutes internationales pour « se faire les dents » (EYOC 94 et 95, JWOC 96 et 97), c'est au JWOC 1998 que notre génération « The Team » commence à percer. Je rentre de Reims avec un top6 individuel et une médaille de bronze au relais. Globalement c'est sur ce championnat du monde Junior qu'un « déclic » a eu lieu et nous a fait croire en nos chances de battre un jour les meilleurs mondiaux et notamment les Scandinaves.
J'ai aussi eu la chance de faire ma première coupe du monde en 1998 (Lake District), puis mon premier WOC en Écosse en 1999 pour ma dernière année Junior.


Quelle a été la suite pour toi après ton titre ?

Damien : Ce fut la confirmation que je pouvais avoir une position importante dans le relais de l'équipe de France et la motivation pour s'entraîner comme il faut pour jouer un rôle important dans cette équipe. Les relais en particulier avec mes potes du pôle ont été une source de motivation et sensations exceptionnelles (pas toujours positives mais extrêmement enrichissantes).

Rémi : J'ai participé aux championnats du monde et coupes du monde suivantes. Ma dernière coupe du monde sera en Auvergne en 2006. Nous conserverons le titre de champion du monde universitaire de relais 2 ans après en Bulgarie (François laissera sa place à Jean Baptiste BOURRIN dans l'équipe de relais)

Thierry : Contrairement aux Scandinaves, en France, on a toujours accordé de l'important aux championnats du Monde Universitaire, peut être car à l'époque c'était une compétition plus à notre portée avec l'absence des tous meilleurs orienteurs du Monde. Mais ça m'a beaucoup servi par la suite, d'apprendre à gérer la pression d'être favori, qui plus est à domicile.

François : Ma 3e place sur la LD et notre titre en relais sur le FISU 2000 a été une nouvelle étape importante dans ma progression au niveau international Élite. Sur la période 2000-2005, j'ai enchaîné quelques bons résultats mais globalement, cela m'a quand même pris 5 bonnes saisons pour avoir la maturité et l'expérience nécessaire pour être « stable » et performant quand ça compte : le jour-J du championnat du Monde. Au final, plus que les médailles, je retiens surtout les émotions vécues sur les courses de relais où on a su répondre présent en tant qu'équipe : 2 médailles au JWOC (98, 99), champion du monde universitaire 2000, vice-champion du monde 2005, vice-champion d'Europe 2006, champion du monde militaire 2010 et champion du monde à la Féclaz en 2011. Avec Thierry, Rémi, Damien, Philippe et Fredo, on a toujours quelques belles anecdotes à partager ensemble quand on reparle des « good old days ».


Interview de Michel Devrieux, directeur de course des FISU 2000


Voici divers documents pour illustrer les championnats du monde universitaires de CO qui se sont déroulés il y a 20 ans... sur les mêmes terrains que le CFC.

Crédits photos : Michel Dévrieux, François Gonon, Thierry Gueorgiou.


Diaporama : articles de presse, Le Progrès et O'Mag


Diaporama, cartes :

  • modèle
  • courte distance (tracés de Thierry)
  • longue (tracés de Thierry)
  •  carte entière


Article de présentation des CFC : https://www.cfc2020.fr/presentation/